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Tous ces mots enfumés....

Tous ces mots enfumés....

Akli Ait Abdallah


Bruno...

Publié par Akli Ait Abdallah sur 17 Octobre 2013, 02:19am

Bruno Bonamigo et moi avons travaillé ensemble au Pakistan. A Lahore, Islamabad, Karachi, et au Cachemire.
Bruno était realisateur-cameraman, moi journaliste. Nous y avons passé 10 jours, sous une grande chaleur, au milieu de foules nombreuses, dans des rues bruyantes. Nous avons marché beaucoup, moi a suivre Bruno en train de filmer des dizaines de shots dont il savait qu'ils enrichiraient nos reportages. Bruno était aussi un excellent journaliste. Nous débattions de tout, et il avait tout le loisir de poser des questions pendant les entrevues que je menais devant sa camera.
Il faisait souvent mouche, en rebondissant sur une réponse dans laquelle je n'avais rien vu qui soit digne d’intérêt. Pendant ces longues journées, Bruno m'a épuisé. Quel travailleur infatigable il était ! Quel fonceur! Bruno était armé de l'énergie d'un bulldozer.
Nous sommes rentrés à Montréal, puis diffusé deux topos télé et quelques topos radios dont nous étions tous les deux très fiers.
Grâce a ce voyage, nous sommes devenus amis. Pas de ceux qui vont a la chasse, ou même au bowling ensembles, non. Des amis de métier, et de souvenirs. A chaque fois que nous nous rencontrions dans les couloirs de Radio-Canada, ou lorsqu'il revenait de Washington (ou il avait été affecté par la suite) et qu'il m’appelait, entre mille et une choses à régler, pour un café.
En 2010 , nous nous sommes retrouvés a Port au Prince, lors de la couverture de l’après séisme du 12 Janvier (c’était a 16h53) , une tragédie qui a fait plus de 200 000 morts.
Bruno accompagnait Céline Galipeau qui venait je crois faire le Téléjournal sur place.
Dans ces jours la, l'essence était rare. Il fallait en trouver, et même faire quelques réserves pour continuer a faire fonctionner groupes électrogènes et voitures. En reportage, tu te débrouilles pour livrer. Les problèmes logistiques, c'est aussi ton boulot. Aussitôt arrivé, mon bulldozer de Bruno est parti a la chasse au fuel. Pour en revenir une ou deux heures plus tard avec une dizaine de gros bidons blancs pleins a l’arrière de sa camionnette. Il était venu lui même me le dire , en me proposant dans le même souffle de venir me servir si j'étais dans le besoin.
J'ai reçu ce geste comme de la tendresse pour le coéquipier d'un voyage mémorable. Bruno le dur, Bruno le fonceur, était en fait un sentimental.
Quand il y a deux ans la maladie de Lou Gehrig, cette traitresse, l'a frappé en plein vol, nous avons tous été atterrés. Lentement la santé de Bruno s'est mise à décliner. Puis un peu plus vite....
Bruno est parti ce matin. Paix a ton âme cher Bruno. De nous deux, c'est toi qui devait partir le premier. Courage a ta femme, et courage a tes enfants. Un bulldozer, quand ça s'en va, ça doit laisser un vide immense.

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