Tous ces mots enfumés....

Tous ces mots enfumés....

Akli Ait Abdallah

Publié le par Akli Ait Abdallah

C'est la fête des pères. Il pleut. Il a plu toute la journée. Terrasses désertes. Plus de repères.
Rythme de wipers. Un coup a droite. Un coup a gauche. Tout est mouillé jusqu'au cou. Dans la rue, un parapluie blanc sourit a un parapluie noir qui vient en face en le zyeutant. Mais les mains pressées qui les portent ne remarquent rien. La vie de parapluie c'est pire que la vie de chien. Ça porte même pas de prénom un parapluie.
Et ça vit pas longtemps.
Le mien, je l'ai acheté en Algérie, il y a quelques mois. Il s'était mis à pleuvoir à ma descente du train. Dans une boutique vite trouvée, il n'y a que ça a Alger , je me suis vu proposer un parapluie chinois, mais un bon, d'après le vendeur. Petite poignée en bois poli. Très bon rayon (terme technique, la classe) . J'ai payé. Le soleil est revenu le lendemain. Je l'ai jeté dans ma valise, et je lui ai fait faire Alger Montréal en dessous de moi, dans la soute d'un avion d'Air Algérie parti avec 12 heures de retard. Ya pas eu de problème avec les douaniers a Dorval. Les parapluies sont les bienvenus au Canada.
Mon parapluie chinois du bled s'est très bien acclimaté au Québec. Pour un parapluie, du boulot , ici, yen a.
Faut arrêter avec les taux de chômage record chez les immigrants. Ou alors il faut mettre un p'tit coin de parapluie dans les statistiques.
C'est ça qui est ça. C'est la fête des pères. Il pleut. Et il a plu toute la journée. Mon parapluie m'a encore sauvé le look. Grâce a lui, C'est en père droit dans ses bras de chemise sèche que je suis allé retrouver mes deux enfants cet après midi. Le jour de la fête des pères !
Je crois que je vais lui donner un prénom.

Publié le par Akli Ait Abdallah

Un de ceux qui me "suivent" sur Twitter , et que je remarque pour la première fois, passe son temps a émettre en 60 versets et 140 caractères des conseils de bonne vie. Peut-être est-ce l'approche du Ramadan 2013.
Dans le genre bons trucs, il nous met en garde: La musique est haram, "celui qui la joue et celui qui l'écoute".
Il est aussi question des sentences, et des lourdes peines promises aux manchots de la foi. Et de l'ange de la mort, et du plomb en fusion qui nous sera versé dans les oreilles au jour du jugement dernier.
Faut-tu être sacrément malade pour "vendre" une religion avec de tels arguments? Et assez stupide pour se tirer dans le pied en ne parlant que de ce qu'elle interdit et châtie ?
Et après, ça va gueuler contre l'islamophobie !
Qui tu veux séduire ou convertir avec du plomb brûlant dans les oreilles , mon frère? Et pourquoi tant de sadisme ?
Relaxe. Joue de la guitare. Écoute Céline Dion.
Et arrête de te mêler de la vie et des croyances ou des non-croyances des autres.
Tu veux nous intéresser ? Dis nous ce qu'il y a de beau dans ta culture et dans ta foi.
Apaises nos peurs. Fais tomber nos préjugés, et notre ignorance. Parles nous de nos valeurs communes. Mais arrête le plomb fumant dans nos oreilles.
Et nous on va faire de la musique.
Oui je sais. C'est haram même de l'écouter. Tu ne veux
pas ? Tu ne dois pas? Le plomb fumant dans les oreilles ça te dit quelque chose ?
Et calisse nous patience jusqu'au jour du jugement dernier. Ou a la fin des temps.
Salam.(AAA)

Publié le par Akli Ait Abdallah

Le vent vient de tomber. Je n'ai pas mis les voiles. C'est fini. À la prochaine brise qui viendra de la mer, je quitterai la terre. Peut-être.
Si je réussis à vaincre la douceur de mon confort.
Je laisserai derrière moi chez ceux qui m'ont bien connu quelques souvenirs contrastés.
Je laisserai aussi tout ce débat assourdissant sur la part de Dieu dans notre code génétique. Et celui sur la couleur du savoir. Et l'autre sur les devoirs des derniers arrivés envers l'histoire des habitants, et leur mémoire.
Et je mettrai le cap sur une île , qui portera le nom de mon village, Tigzirt.
Il y aura la mer. Et le ciel, pour les prières. Un ciel vide, ou alors un ciel peuplé de dieux complices.
Un ciel ou les mosquées auraient un clocher et les églises un minaret. Aux dieux de reconnaître les leurs.
Mais qu'ils se détournent de mon île. Il me suffira de la mer.(AAA)

Publié le par Akli Ait Abdallah

Les lattes battent au vent. Lumière tombante donne encore un peu de clarté. Les pieds en éventail. Les mains jointes au ciel pour un étirement. Yeux mi-clos mi-soumis à la pénombre qui veut se déployer. Et le vent. Qui fouette les lattes. La bande-son du silence absolu. Écoute!
Le vent dans les lattes. Ah! Si j'avais des voiles...

Publié le par Akli Ait Abdallah

De rouille et d'eau. Toute la nuit. Goutte après goutte, point par point, le supplice imprime sa marque sur le sol et dessine un violoncelle. S'il pleut encore des cordes, je l'entendrai jouer.

Publié le par Akli Ait Abdallah

Inquiétante Tunisie. Inquiétante Algérie. Et je ne parle même pas de ce qu'il reste de la Syrie.
Ben Ali parti , les tunisiens découvrent l'euphorie de la liberté avant de devoir composer , dans une cohabitation tendue comme un arc, avec des forces qui la menacent.
En Algérie, ou on tire une certaine fierté d'avoir eu à enterrer nos morts avant les autres, il y en a un qui ne l'est pas encore. Mais c'est comme si c'était fait

Et dans l'attente du glas qui sera validé par le Quai d'Orsay pour la France et Cheb Mami pour qui vous savez , les algériens serrent les fesses et retiennent leur souffle.
Encore une fois, c'est eux qui sont les cocus. Un cycle va se refermer avec la fin de l'ère Bouteflika. Dans son sillage , il avait amené avec lui des armées de courtisans plus ou moins proches , et pour qui ses trois mandats avaient été suffisamment longs pour permettre la conclusion de quelques affaires juteuses.
Alors , il y en a qui paniquent , d'autres qui se préparent , si ce n'est déjà fait , a changer de veste , de pantalon, de chaussettes et même de slip.
Et le peuple de cocus , lui , il sait déjà qu'une horde de nouveaux prédateurs est en ordre serré . Il sait que rien ne changera au trépas de l'autre , que le mépris dont il est l'objet ne va faire que prendre un autre visage.
Le peuple de cocus , secrètement , il espère que dans la prochaine empoignade , celle qui devra consacrer le nouveau guide, on ne le sacrifie pas encore a la violence qui a souvent accompagné nos pseudo-alternances et nos chicanes de pouvoir.
Enfin... Un pays dont le sort est suspendu à celui d'un homme , aussi miraculeux soit-il, est un pays sérieusement malade. Au Québec , au Canada, advenant la disparition ou la demission d'un premier ministre, la transition se déroulerait comme dans un rêve. Funérailles nationales, constitution, loi, règles de succession, élections , tout cela pendant que la vie continue , que les enfants vont a leur école, les ouvriers a leur usine , les paysans a leur champs, et les bobos a Paris. Ou New York .
Bien sur qu'il se passe ici aussi plein plein d'histoires pas très nettes. Pas de paradis sur cette terre. Mais a ce point l'enfer ?
Les algériens n'ont ils pas droit a cette maturité qui place l'intérêt général au dessus de tout ? Quand même ... Après 51 ans d'indépendance , on pourrait, non ?
Le peuple de cocus mérite au moins ça. Et puis il en a un peu marre d'être cocu , le peuple de cocus.
On peut bouger ? On peut juste , parce qu'à 51 ans, on a mûri , entamer quelque chose de sérieux qui ne commence pas par la paralysie, la violence , ou le chaos?
Bouteflika va mourir. Un jour ou l'autre. Homme du miracle pour certains, simple mortel selon la biologie. Laquelle sait , contrairement aux autres, de quoi elle parle.
Il faut passer maintenant à autre chose.
Un homme va mourir ? Je souhaite paix a son âme. Mais il va en rester des millions. Et autant de femmes.
Et plus encore d'enfants. Tout ce qui doit compter, c'est l'avenir de ceux qui restent.
Après, tout n'est plus qu'affaire de cérémonies et de chroniques nécrologiques.

(Photo: Une femme prend le soleil Place Emir Abdelkader à Alger. Février 2012)

Publié le par Akli Ait Abdallah

Je sais que vous n’avez pas le temps. Que vous êtes toutes et tous très occupés. Que la vie vous laisse très peu de répit, que cette salope ne fait pas de cadeau, et nom de Dieu que c´est triste Dorval, le dimanche, avec ou sans Vigneault !

Alors je vais vous faire une petite synthèse de ce dont notre monde monstrueusement en cloque accouche aujourd’hui.

Syrie, d’abord ! C’est quand même là que se joue l’acte le plus spectaculaire de notre déchéance morale. ‘’L'armée de l'air syrienne a mené ce matin des raids contre des enclaves rebelles près de Damas tandis que des accrochages opposaient l'armée aux insurgés dans le nord de la capitale, a affirmé une ONG. ‘’

Ce n’est rien. C’est juste hier qui se poursuit. 138 morts mercredi, dont 44 civils. La dépêche ne dit rien de leur sexe et de leur âge, ni de leur désir de vivre ou de mourir avant qu’en haut lieu, on décide à leur place. On ne sait rien non plus de leurs noms, de leurs visages, de leurs rêves, de leurs amours, de leurs projets. Mais je devine, sans efforts, que ceux-là sont morts après avoir vécu leurs deux dernières années dans la peur et la malédiction de leurs bourreaux.

Syrie toujours.

‘’ Le minaret de la Mosquée des Omeyyades d'Alep, joyau historique de cette métropole du nord de la Syrie, s'est effondré mercredi, rebelles et régime s'accusant mutuellement de l'avoir détruit.’’

C’est pas moi, c’est l’autre. Comme pour la probable utilisation d’armes chimiques. Dans cette surenchère de l’horrible, qui dit mieux ? Moi je roule au gaz Sarin. Et toi ?

Située dans la vieille ville d’Alep, la mosquée des Omeyyades, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, est restée debout pendant treize siècles… Le vingt et unième est notre moyen-âge.

Nigeria maintenant. Des affrontements entre l’armée et les islamistes ont fait 200 morts dans le Nord-Ouest du pays. On a commencé à aménager des camps pour accueillir les milliers de réfugiés qui fuient la violence.

‘’ Depuis quatre ans, les attaques menées par le groupe Boko Haram dans le centre et le nord du Nigeria, et leur répression par l'armée, ont fait plus de 3.000 morts.

Des morts dont on se soucie très peu. Et un bilan qui s’aggrave chaque jour. Rien que dans la nuit d’hier, sept nouvelles victimes dans la ville de Gashua.

On reste en Afrique.

‘’La violence dans l'Est de la RD Congo a atteint des "niveaux rarement vus depuis deux décennies", a déclaré jeudi le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Peter Maurer, au terme d'une visite de quatre jours dans le pays.’’

Au Congo, ou on croyait avoir vu le pire. Et bien non ! je vous soumet ici quelques mots puisés dans une dépêche AFP vieille de moins de deux heures.

Chaos, exactions quotidiennes, attaques directes qui n’épargnent ni les enfants ni les personnes âgées, violences sexuelles, tirs de roquettes, amputations …

Ça se passe en ce moment. Hier, aujourd’hui, et surement demain. Question déchéance morale, la Syrie a de la concurrence.

Un immeuble s’effondre au Bangladesh. Deux cent cinquante morts. Le bilan est encore provisoire.

‘’ L'immeuble de huit étages, Rana Plaza, situé à la périphérie de la capitale, Dacca, abritait cinq ateliers de confection notamment liés à la marque espagnole Mango et au britannique Primark.’’

Les victimes ? Des damnés de l’industrie textile à petit cout et grands profits. Cette même industrie qui habille nos magasins et nos personnes.

Des ouvriers travaillant au sein du bâtiment s'étaient publiquement inquiétés la veille de fissures mais leurs responsables ont ignoré les mises en garde, les menaçant d’embaucher le lendemain pour les remplacer. Pas de temps à perdre avec ça. Marche ou crève de faim, l’ami !

Londres et Madrid attendent la collection d’été !

On pourrait continuer comme ça jusqu’à la nausée.

Je lis à l’instant qu’une fusillade a fait trois morts dans le sud de la France, pas loin de Marseille.

‘’Le tireur, âgé d'une vingtaine d'années, aurait fait feu au hasard sur les passants et les automobilistes, tuant trois hommes et blessant une femme légèrement à la tête.’’

Peut-être une kalachnikov. Peut-être un petit délinquant schizophrène.

Dans notre monde en cloque, trouver une arme de gros calibre, c’est de la petite bière.

J’arrête.

Ah ! J’oubliais … On a saisi de la drogue dans le car de Justin Bieber, en tournée en Suède. Une petite quantité de marijuana. Plus forte que celle du sang, l’odeur de la mari a alerté les policiers qui sont intervenus. Sans que le conseil de sécurité de l’ONU ne soit obligé de se réunir.

On devrait en planter à Alep. Et au Congo. Et au Nigeria. Et au Bangladesh.

Publié le par Akli Ait Abdallah

Je me souviens de notre rencontre avec Khalid Khawaja a Islamabad.
J'étais avec mon ami réalisateur Bruno Bonamigo et notre interprète pakistanais
Arif Jamal. Pour rendre justice à Arif , il faut ajouter qu'il est un brillant journaliste, un excellent francophone et un grand connaisseur de l'islamisme ( voir la référence a son ouvrage sur le Jihad au Cachemire , publié aux USA.)
Grâce a Arif , nous avions pu rencontrer cet homme au passé plus que trouble. Officier supérieur des services secrets pakistanais , Khalid Khawaja avait supervisé les volontaires arabes qui allaient se battre contre les russes en Afghanistan, s'y était battu lui même , et entretenait , dit-on , des relations directes avec Oussama Ben Laden.
Son discours était a peu de choses près celui-ci : "Vous aimez la vie , et nous aimons la mort.... Vous pouvez tuer des milliers d’entre nous , des milliers d'autres se lèveront pour semer la terreur dans le cœur des mères américaines."
En regardant les images de Boston, au cours de la dernière semaine, je me suis rappelé de celui qui nous avait reçu chez lui. Il aura suffi de deux hommes armés de cocottes minutes, de ferraille, et de quelques explosifs , pour semer la mort , et la terreur au cœur d'une ville, d'un état , d'un pays. Le plus puissant, et le plus armé de la planète.
Avec Boston, je me suis souvenu des mots de Khalid Khawaja et a quel point ces mots nous avaient donné froid dans le dos.
Khalid Khawaja a été assassiné quelques mois après notre rencontre , aussi mystérieusement qu'il avait vécu.

Publié le par Akli Ait Abdallah

De dos sur la photo, c'est moi qui la prend, il y a Marie-Ève Bédard , Sylvain Castonguay, et Luc Chartrand , caché par le projecteur , alors qu'il enregistre son stand up. C'était fin février, a Alep.
L'hôpital de la rue d'El Bab avait été frappé la veille par l'aviation syrienne. Quelques instants avant l'attaque , nous nous y étions arrêté pour terminer un reportage que nous voulions faire sur cet hôpital , parmi les rares a répondre a la détresse de dizaines de blessés tous les jours.
Bien qu'exténué et abattu par l'indigence des moyens dont il disposait pour faire face a la guerre, , un des médecins de l'hôpital , qui avait parlé russe avec Marie-Eve, nous avait accueilli très chaleureusement, et raconté les choses, sans jamais oublier d'aller au devant des blessés qui continuaient d'arriver.
Je me souviens très bien de son visage pas rasé. De son sourire.
Il y avait aussi dans cet hôpital , dont seul le rez--de-chaussée et le sous-sol étaient encore a peu près utilisables, les autres étages ayant été bombardés quelques semaines plus tôt, je disais qu'il y avait dans cet hôpital un gamin de 14-15 ans , les cheveux clairs , le visage clair , la détermination claire, revêtu de la blouse verte du personnel de l'hôpital. Ce gamin était partout. A 'l'arrivée des ambulances, pour pousser les civières, renseigner quelqu'un. Il était partout, se sentait concerné par tout. Toujours le visage clair. Pas d'expression de peur. Non , plutôt la détermination , comme j'ai dit , la détermination a aider , a être utile, a "faire le bien". Ce gamin , si sympathique , bénévole de l'horreur. nous avait émus.
Ce jour la, donc , nous terminions un reportage.
Au moment ou la caméra commence a tourner , un barbu excité aux allures de djihadiste en croisade, un de ces intégristes , qui, croyant servir l'Islam, le défigurent, fonce sur nous, et somme "les journalistes étrangers qui filment les corps denudés des femmes blessées , qui font commerce du sang des musulmans " de partir immédiatement.
Le barbu excité était un récidiviste , puisqu'il nous avait déjà fait le coup la veille. Et comme la veille , nous sommes partis. Au milieu de cette tension , avec toutes ces armes autour , chercher à négocier avec un islamo-jusqu'au boutiste est non seulement inutile mais dangereux.
Nous sommes donc partis , en direction de la citadelle, je crois. Sans pouvoir y parvenir , puisque la citadelle était tenue par des snipers de l'armée régulière syrienne.
Au bout de 30 a 40 minutes de repérage et de tournage, nous avons décidé de rentrer. Le soir commençait a tomber. Il nous fallait repasser par la rue EL Bab. C'était le chemin. Au bout de quelques kilomètres, au détour d'une rue, nous voyons un énorme nuages de poussière. Ala Eddine , notre chauffeur syrien, un gars super sympathique, questionne un curieux . Qui lui apprend que c'est l'hôpital qui a été bombardé.
Nous choisissons de contourner l'hôpital car y aller ne nous semble pas une être bonne idée. Des journalistes étrangers au milieu d'un carnage qui vient de se produire, pas très intelligent.
Nous rentrons, abattus, en nous demandant a haute voix si le barbu qui nous a chassé à survécu. Si le médecin qui parle russe et le petit bénévole a la blouse verte avaient été tués...
Le lendemain , nous retournons a l'hôpital, pour voir ce qu'il en reste.
Une des deux tours s'est complètement effondrée. L'autre est encore debout mais mais est eventrée de toutes parts. On nous dit que 42 corps ont été déjà retirés.
Et qu'on continue de chercher dans les décombres .
Nous travaillons sans problème aucun. 24 heures ont passé. La colère est rentrée. Intériorisée. Reste la douleur, lisible sur tous les visages qui nous entourent.
Au moment ou nous allons partir , nous apercevons le gamin aux cheveux clairs. Toujours vêtu de sa blouse verte. Vivant. Nous lui parlons. Nous sommes heureux de lui parler. Il nous dit que le médecin est lui aussi vivant. Et il s'en va.
Quand a l'homme qui nous a chassé , qui nous a peut être sauvé la vie, nous ne l'avons jamais revu.
Nous avons quitté la Syrie deux ou trois jours plus tard. Sains et saufs. Mais pas indemnes.

Publié le par Akli Ait Abdallah

Chronique pour ne rien dire...

RDI pour musique de fond. Déformation professionnelle. L'info a le même effet sur moi que la musique classique. Non. C'est pas vrai. Je n'aime pas la musique classique. Et puis d'abord , qui a décrété qu'elle était universelle? Il y a des centaines de millions de terriens qui savent a peine qu'il existe une musique universelle. Ces gens ont leur propre musique,et je dirais même leur propre musique classique. La musique andalouse au Maghreb et dans certains pays arabes par exemple. Les indiens ont une musique classique , avec les Ragas, qui remonte aux temps védiques.
Mais il n'y a de musique universelle que la musique classique européenne. Et tout le monde est sommé d'être au diapason. On vous le dit ! Elle est universelle. Vous ne pouvez pas ne pas connaître !
C'est comme la fameuse communauté internationale. Ya quelqu'un qui a un jour décrété que la communauté internationale , c'est quelques pays du Nord. En tout cas les plus puissants , et les plus riches. Et les plus blancs.
Lorsque la communauté internationale condamne, a-t-elle obtenu l'accord du Togo? Du Niger? Du Népal ? Lorsqu'elle applaudit , le fait-elle avec le soutien d’Haïti? De la Mauritanie ?
Ah oui ! Ya aussi les bilans de prises d'otages. Ya toujours une double comptabilité. Ya les occidentaux et les autres. Les otages occidentaux et les otages pas occidentaux . Par ou passe la ligne de démarcation? Un otage bulgare est il un otage occidental ? Est il plus important ou moins important qu'un otage italien ou français ? RDI vient d'annoncer un attentat en Afghanistan.
20 morts. Aucun occidental. Ils ne l'ont pas dit , mais c'est ce qu'il faut en conclure. Si il y avait eu des occidentaux parmi les victimes , on en aurait parlé abondamment , et on aurait eu raison de le faire. Mais cela fait longtemps que la mort de non occidentaux , dans des pays de guerre éternelle , n'émeut plus beaucoup. Le Congo , les morts par milliers, les femmes violées... Ça fait rarement la une ces histoires. Mais rappelons nous In Amenas ! Ah oui. C'est dans cette énorme prise d'otages dans le Sud Algérien que j'ai eu la confirmation de cet accommodement raisonnable. Mal pris , les japonais sont des occidentaux. Même s'ils vivent en Extrême Orient. C'est des occidentaux. Parce que qu'on a entendu parler d'eux. Ya même le premier ministre japonais qui a voulu engueuler les algériens. Mais qui a entendu parler des otages algériens? Et Pakistanais? Et philippins, s'il y en avait ?
Je me rappelle aussi du taliban américain. Il a pas été à Guantánamo, lui. Mais on y a envoyé des mineurs. Pas des occidentaux , non. Faut pas déconner. Si . Pas vrai ce que je dis. On y a enfermé des français. D'origine algérienne.
Alors les gars ? On continue a se faire un monde a deux vitesses?
Si un jour je suis pris en otage , ou que je me retrouve en cage du mauvais côté de Cuba, ne m'oubliez pas....Voilà. Tout ça pour vous dire ça. Maudite musique universelle!

Ps: Ici , le "moi" est utilisé dans un sens très très large. Il vaut pour tous les terriens. Et toutes les terriennes.

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