Algerie, Fevrier 2012 ...4h45 min....Il fait encore noir, mais déjà, les premiers signes de vie ..Un rideau de magasin qui se lève, une moto qui passe, une voix qui interpelle. Dans quelques instants va retentir l'adhan , l'appel à la première prière de la journée. La mosquée est à 100 mètres de ma fenêtre. Lorsque je vivais ici, dans cette même rue, je ne l'entendais plus. L’habitude, malgré les décibels dès l'aube. Dans la rue, tout est redevenu calme. La moto n'est pas repassée, et le rideau de fer s'est refermé. Je crois que c'est celui de la boulangerie. Coup d’œil au dehors...1,2,3,4,5...Cinq paraboles sur le toit d'en face. En Algérie, plus personne ne regarde la télévision locale, semée depuis longtemps par les chaines françaises, arabes, et turques. Un homme s’éloigne, les mains dans les poches. Il fait encore frais. Plus pour longtemps. La météo, que j'ai écoutée avant de m'endormir, annonce un ciel identique à celui d'hier. Soleil et soleil. Un mini bus s’éloigne. Peut-être un de ceux qui transportent le personnel d’une entreprise voisine. Même si elle a beaucoup perdu du prestige de ses années socialistes, la zone industrielle voisine reste active. Deux voitures se croisent. Un avion va atterrir, déjà, ou peut-être qu’il décolle. L’aéroport de Dar El Beïda est à quelques secondes de réacteur. Dar El Beïda , c’est la Maison Blanche , que plus personne n’appelle ainsi . Pourtant, comment oublier Cheikh El Hasnaoui , qui chantait en kabyle le retour en caravelle des émigrés dans leurs mines et leurs usines de France….Un autre avion . Celui-là atterrit, c’est certain. Il vole si bas qu’on verrait presque les passagers le nez collé à leur hublot. Un coq, quelque part, sans doute réveillé par les premiers bruits. Allah Akbar…Le minaret vient de parler. De Montréal, une amie qui m’a repéré sur Facebook me demande pourquoi je ne dors pas. Je lui réponds que c’est comme ça. Mes yeux se sont ouverts, c’est tout. Je ne suis pas mécontent d’être plus matinal que le coq. Plus grand temps avant de retourner à la neige et au travail. Autant ne rien gaspiller de celui qui reste. Encore quelques belles ballades possibles. Aujourd’hui, la Casbah d’Alger, avec un ami journaliste qui quittera le pays dans quelques semaines, avec femme et enfants, pour s’installer lui aussi à Montréal. Même très belle, l’Algérie n’est pas un paradis. Certains la décrivent même comme un enfer … Un enfer pour les jeunes. Un enfer pour les gens honnêtes. Un enfer pour les femmes. Et moi qui depuis 3 semaines vous raconte combien l’Algérie c’est beau, combien l’Algérie c’est bien … C’est vrai que l’Algérie c’est beau, et que c’est bien, très bien, même, pour ceux qui comme moi viennent faire le plein d’amitié et d’amour. Pour ça, les algériens sont généreux! Mais les autres, ceux qui vivent en dehors de la carte postale ont un autre discours. Sur cette question, je leur cède la priorité. Leur point de vue est certainement plus légitime que le mien…
Retour à la rue, où les voitures sont déjà plus nombreuses. Deuxième appel à la prière. Es-Salat khayrou min En-Noum ….La prière est meilleure que le sommeil. A ce postulat coranique, l’humour populaire a déjà répondu que le sommeil, ce n’est pas mal non plus. Un autre rideau de magasin qui se lève. Et puis un autre. Dès qu’il fera jour, les vendeurs de fruits et de légumes vont revenir se poser en bas de ma fenêtre. Des hommes traversent le parking encore vide. Ceux là ont abandonné leur sommeil et choisi la prière. Un autre en revient déjà. Je viens d’apercevoir deux femmes, les premières aujourd’hui, en route vers quelque part. Le pas est pressé. L'Algérie qui travaille existe bel et bien. Tout le monde n’est pas concessionnaire, importateur, trabendiste, ou rentier. Le jour va se lever. Une alarme de voiture brise un peu plus le silence. Quelques retardataires se dirigent vers la mosquée. Après mure réflexion, l’appel du muezzin a vaincu le sommeil coupable. Dans la maison, les premiers bruits. A ma fenêtre, il fait encore froid, mais le soleil ne tardera plus. Je vais me rapprocher de la cuisine, des fois que le café serait prêt….
