Et si on fredonnait sa vie? Et si on laissait les paroliers écrire le scenario de son existence?
Mettre son destin entre les mains du poète....De la naissance jusqu'à la mort , une ballade agitée qui épouserait ses états d'âme, ses coups de gueule, et le goût de son café.
Moi, j'aimerais être la créature d'un poète au long cours. Paré pour une aventure qui ne dit pas sa destination. Qui se découvre pas à pas, jour après jour, et de fil en aiguille. Un chapelet de lieux, avec , à chaque étape, une mosaïque de visages en guise de comité d'accueil.
Un matin, le poète serait généreux. En vers, il coucherait pour moi la plus belle des rencontres. Un autre, il se ferait bourreau, et me réserverait la pire des compagnies.
Un soir , je serais Jeff à Ostende. Et puis, la nuit, je serais éboueur à Delhi , musicien à Kaboul, ou animateur de ligne ouverte à Radio-Cap de Bonne Esperance,
Le lendemain, je serais Quasimodo de Montréal, mais dans un monde ou la beauté se nicherait ailleurs que dans les traits que le hasard distribue en se riant de nous.
Puis mon poète m'enverrait vivre avec les fantômes des catacombes de Rome, avant de m'abandonner dans les cimetières du Caire, pour initier mon âme à l'après comédie humaine.
D'une ville à l'autre, je changerais de nom et d'histoire. Criminel en cavale, rescapé d'un génocide oublié, ou voyageur de commerce sans illusions.
Ici, je serais homme de paille, et là un moins que rien, un escroc sans envergure, ou un bandit d'honneur kabyle au cœur grand comme la misère et la crasse de tous les mondes.
Le poète ferait de moi ce qu'il désire, comme un sculpteur modèle son argile trempée au gré de ses humeurs.
Le poète a toujours raison. Comme dans la chanson. A quoi bon chercher à l'attendrir, tenter de le contraindre , ou vouloir l'implorer ...
S'il se prenait pour Dieu, il y aurait la prière.
Mais non.
Le poète, on vit de ce qu'il sème. Et c'est tout. (AAA)
