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Tous ces mots enfumés....

Tous ces mots enfumés....

Akli Ait Abdallah


Petite histoire syrienne...

Publié par Akli Ait Abdallah sur 14 Avril 2013, 01:34am

De dos sur la photo, c'est moi qui la prend, il y a Marie-Ève Bédard , Sylvain Castonguay, et Luc Chartrand , caché par le projecteur , alors qu'il enregistre son stand up. C'était fin février, a Alep.
L'hôpital de la rue d'El Bab avait été frappé la veille par l'aviation syrienne. Quelques instants avant l'attaque , nous nous y étions arrêté pour terminer un reportage que nous voulions faire sur cet hôpital , parmi les rares a répondre a la détresse de dizaines de blessés tous les jours.
Bien qu'exténué et abattu par l'indigence des moyens dont il disposait pour faire face a la guerre, , un des médecins de l'hôpital , qui avait parlé russe avec Marie-Eve, nous avait accueilli très chaleureusement, et raconté les choses, sans jamais oublier d'aller au devant des blessés qui continuaient d'arriver.
Je me souviens très bien de son visage pas rasé. De son sourire.
Il y avait aussi dans cet hôpital , dont seul le rez--de-chaussée et le sous-sol étaient encore a peu près utilisables, les autres étages ayant été bombardés quelques semaines plus tôt, je disais qu'il y avait dans cet hôpital un gamin de 14-15 ans , les cheveux clairs , le visage clair , la détermination claire, revêtu de la blouse verte du personnel de l'hôpital. Ce gamin était partout. A 'l'arrivée des ambulances, pour pousser les civières, renseigner quelqu'un. Il était partout, se sentait concerné par tout. Toujours le visage clair. Pas d'expression de peur. Non , plutôt la détermination , comme j'ai dit , la détermination a aider , a être utile, a "faire le bien". Ce gamin , si sympathique , bénévole de l'horreur. nous avait émus.
Ce jour la, donc , nous terminions un reportage.
Au moment ou la caméra commence a tourner , un barbu excité aux allures de djihadiste en croisade, un de ces intégristes , qui, croyant servir l'Islam, le défigurent, fonce sur nous, et somme "les journalistes étrangers qui filment les corps denudés des femmes blessées , qui font commerce du sang des musulmans " de partir immédiatement.
Le barbu excité était un récidiviste , puisqu'il nous avait déjà fait le coup la veille. Et comme la veille , nous sommes partis. Au milieu de cette tension , avec toutes ces armes autour , chercher à négocier avec un islamo-jusqu'au boutiste est non seulement inutile mais dangereux.
Nous sommes donc partis , en direction de la citadelle, je crois. Sans pouvoir y parvenir , puisque la citadelle était tenue par des snipers de l'armée régulière syrienne.
Au bout de 30 a 40 minutes de repérage et de tournage, nous avons décidé de rentrer. Le soir commençait a tomber. Il nous fallait repasser par la rue EL Bab. C'était le chemin. Au bout de quelques kilomètres, au détour d'une rue, nous voyons un énorme nuages de poussière. Ala Eddine , notre chauffeur syrien, un gars super sympathique, questionne un curieux . Qui lui apprend que c'est l'hôpital qui a été bombardé.
Nous choisissons de contourner l'hôpital car y aller ne nous semble pas une être bonne idée. Des journalistes étrangers au milieu d'un carnage qui vient de se produire, pas très intelligent.
Nous rentrons, abattus, en nous demandant a haute voix si le barbu qui nous a chassé à survécu. Si le médecin qui parle russe et le petit bénévole a la blouse verte avaient été tués...
Le lendemain , nous retournons a l'hôpital, pour voir ce qu'il en reste.
Une des deux tours s'est complètement effondrée. L'autre est encore debout mais mais est eventrée de toutes parts. On nous dit que 42 corps ont été déjà retirés.
Et qu'on continue de chercher dans les décombres .
Nous travaillons sans problème aucun. 24 heures ont passé. La colère est rentrée. Intériorisée. Reste la douleur, lisible sur tous les visages qui nous entourent.
Au moment ou nous allons partir , nous apercevons le gamin aux cheveux clairs. Toujours vêtu de sa blouse verte. Vivant. Nous lui parlons. Nous sommes heureux de lui parler. Il nous dit que le médecin est lui aussi vivant. Et il s'en va.
Quand a l'homme qui nous a chassé , qui nous a peut être sauvé la vie, nous ne l'avons jamais revu.
Nous avons quitté la Syrie deux ou trois jours plus tard. Sains et saufs. Mais pas indemnes.

Petite histoire syrienne...
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