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Tous ces mots enfumés....

Tous ces mots enfumés....

Akli Ait Abdallah


Le cinquantième entre en gare ....

Publié par Akli Ait Abdallah sur 8 Mars 2013, 13:38pm

Les journaux le disent. Chutes de neige et temps glacial en Kabylie. Routes fermées. Villages inaccessibles. Établissements scolaires fermés. Comme l'an dernier a pareille date. J'étais aussi en Algérie.
Le froid se ressent jusqu'ici , dans la banlieue d'Alger. Je prend quand même le train pour me rendre dans la capitale. Une place assise. C'est plutôt rare. Le train dessert l'université de Bab Ezzouar . A côté de moi, deux jeunes femmes discutent a voix basse. Je ne rate pourtant rien de leurs échanges. Il faudrait être sourd. Elles sont etudiantes , ou l'ont été. Celle qui me fait face est d'Akbou , mais elle est hébergée chez un oncle depuis qu'elle a quitté la cité universitaire ou elle a vécu cinq ans. Elle dit combien on y vivait mal, combien on y mangeait mal , et comment il fallait puiser dans ses ressources pour cuisiner dans les chambres. '"En Algerie , On devrait nous remettre une attestation d'anciens combattants a la fin de nos études "... Rires. Et Clin d'œil au fameux papier réservé aux vétérans de la guerre de libération nationale , lequel donne droit a quelques avantages non négligeables. La fille d'Akbou a presque fini ses études mais doit encore faire son mémoire. Première étape , trouver un promoteur. C'est fait. Ensuite trouver un thème , sur lequel il faudra travailler. Fait aussi. Troisième étape , dénicher une entreprise qui accepte de l'embaucher pour un stage de fin d'études en milieu de travail. Si j'ai bien compris , la fille d'Akbou attend depuis plusieurs semaines une réponse aux nombreuses demandes déposées ici ou la. Le promoteur s'en lave les mains. "Vous reviendrez me voir quand vous aurez un accord '". Ballotée , la fille d'Akbou attend...."Dans ce pays, il faut avoir des relations . Hadak ma yemchi , il n'y a que ça qui marche" , lui dit la fille aux cheveux teints , assise a ma gauche.
Je comprend qu'elles viennent de se connaître. La fille aux cheveux teints -au henné? - a étudié a Boumerdès . Elle dit que les diplômes que son institut délivre ne font pas le poids sur le marché du travail. Que les diplômes de Bab Ezzouar sont plus cotés. Qu'elle compte faire une autre formation. Mais que c'est dur de reprendre le chemin de l'ecole a cause des trains qui sont toujours en retard , des profs souvent absents , des examens difficiles , des "polycops de cours "en principe gratuits" mais qu'il faut payer a des agents
administratifs sous-payés , "qui se débrouillent" en faisant cracher les autres... De l'insécurité à la nuit tombée, des parents qui s'inquiètent quand le portable ne répond pas...
A l'heure ou le Québec débat avec ses étudiants de frais de scolarité et de fonctionnement des universités, je me dis que le monde est petit. Petit et injuste.
Que les algériennes ont du courage.
Parceq qu'au bout du diplôme d'anciennes combattantes , il y a (peut-être ) l'indépendance , leur indépendance.
La fille d'Akbou est descendue a Bab Ezzouar. La fille aux cheveux teints a la gare de l'Agha, comme moi. C'est le dernier arrêt avant le terminus. Le train se vide. Les passagers passent le grand portail et s'engouffrent dans les escaliers qui mènent a la rue Hassiba Ben Bouali. Du nom d'une héroïne de la guerre de libération nationale. Une femme qui a donné sa vie pour que ses enfants vivent libres.
Cinquante ans plus tard , ses filles se battent encore .
Au train ou vont les choses , c'est loin d'être gagné ...

(AAA , le 26.02.2013, entre deux pannes de courant, dans un café d'Alger)
Photo: Université d'Alger.

Le cinquantième entre en gare ....

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