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Tous ces mots enfumés....

Tous ces mots enfumés....

Akli Ait Abdallah


Jour 5 , Jour 6 , et une gifle….

Publié par Akli Ait Abdallah sur 26 Août 2012, 00:05am

Algerie, fevrier 2012.... Nous nous étions donné rendez-vous devant le bâtiment de la gendarmerie nationale pour attendre Ahmed et son taxi.

Destination Alger. Ahmed, qui tente depuis quelques temps d’obtenir un examen en résonance magnétique pour son beau-père, avait sollicité notre ami commun, pour qu’il intervienne auprès d’un parent qui avait eu la bonne idée de diriger un hôpital de la capitale.

En Algérie, on appelle ça avoir du piston. Si le piston n’est pas une pratique exclusive à mon pays, il reste le meilleur, et parfois le seul moyen d’accéder à des services, ou d’obtenir des passe-droits.

Au bout de 40 minutes de route et d’autoroutes, Ahmed et mon ami m’ont déposé Boulevard des Martyrs, devant le siège de la radio, ou je devais participer à une émission. Puis ils ont poursuivi vers l'hôpital, et le fameux piston, qui rend parfois redevable pour longtemps.Il faisait soleil, et presque doux. Les derniers jours avaient été très froids. J’étais en avance. J’ai marché jusque dans les jardins de l’hôtel El Djazaïr , ex Saint-Georges , « fondé en 1889 sur l’emplacement d’un vieux palais arabo-ottoman ». Durant la seconde guerre mondiale, le général américain Eisenhower en avait fait le quartier général des forces alliées dont il était le chef. Dans les couloirs qui mènent au salon, les portraits de ceux, hommes, femmes, politiques, écrivains où artistes, que le Saint-Georges a vu passer tout au long de sa vie.

J’ai retrouvé les artisans de l’émission Lifet. Net dans un petit local au sixième étage de la radio. Il y avait là Karim, le réalisateur, Omar, l’animateur, et aussi l’équipe de chroniqueurs, Nacéra, Abdallah, Sara, Mina et Bahi et Yacine. Certains sont de vieux amis. Les autres le deviendront, je l’éspère. Karim, qui semble partager sa vie entre la radio et le sud algérien, m’a fait écouter des enregistrements de son cru, et découvrir des artistes de Timimoun , de Tamanrasset , ou de Beni Abbès , connus de quelques initiés seulement… Mais quel talent ! Quelle découverte !

Lifet.Net, c’est deux heures d’émission du dimanche au mercredi, deux heures pour titiller notre mémoire cinquantenaire d’algériens indépendants. Mais hier, nous nous sommes par moments écartés de la trame habituelle pour parler de l’accent québécois, du joual et de Michel Tremblay, ou pour écouter Labess , un groupe algéro-montréalais que j’aime beaucoup , et que mes amis de Lifet.Net ont aimé aussi.

Deux heures de plaisir, produites dans des conditions pas faciles. A Montréal, ou j’écoute l’émission sur Internet, je me demandais souvent pourquoi le jingle d’ouverture était si long. En voyant Omar et les autres s’installer en même temps que Karim lançait le générique, j’ai compris. Un seul studio pour le direct, les émissions s’enchaînent l’une après l’autre. Pas le temps d’installer ses papiers, ni de prendre ses marques. On arrive, on s’assied, c’est parti ! Et ça marche !

Nous sous sommes dis au revoir et à bientôt après la fin de l’émission et une dernière cigarette. Un taxi collectif m’a déposé dans le quartier du Sacré-Cœur, ou se trouve la cathédrale du même nom. J’ai descendu la rue Didouche Mourad, ex Michelet, jusqu’à la place Audin , où les cafés avaient rouvert leur terrasses, poursuivi jusqu’à la Grande Poste , ramassé un sandwich frites-omelette vite fait, avant de revenir vers la gare de l’Agha , pour prendre le train met rentrer.

Beaucoup de monde sur le quai numéro 1. Le prochain départ est annoncé pour 18h08. Tout est tranquille. Puis , Subitement, un claquement, comme un coup de fouet. je me retourne. Une jeune fille se tient la joue en baissant la tête. Un homme vient de la gifler violemment, avant de s’enfuir. Quelques femmes entourent la fille, qui dit que celui qui vient de partir, c’est son « fiancé ». Peut être son petit copain, mais il y a des choses que l’on ne dit pas. A côté de moi, une étudiante, ulcérée par ce qu’elle vient de voir , me dit qu’à Alger, c’est « normal », que « les femmes ne sont pas respectées, que la violence est courante ».

Difficile de faire part d’un incident comme celui-la, après une journée presque parfaite. On a pas toujours envie de devoiler de soi ce genre d'histoire...

La taire, (cette histoire) , aurait été mentir , et ne montrer mon pays que sous son jour le plus beau. C’est vrai que l’Algérie est belle, et qu’elle est lumineuse. Mais il suffit d’une gifle, une seule, et d’une jeune fille qui retient ses larmes en se tenant honteusement la joue, pour se dire que l’Algérie, ça ne peut pas être que le soleil, la mer, et les jardins du Saint-Georges.

PS : La neige a repris ce matin. Dans certaines régions la situation est dramatique et pas loin d’Akbou, on a retrouvé deux corps ensevelis.

Jour 5 , Jour 6 , et une gifle….
Jour 5 , Jour 6 , et une gifle….
Jour 5 , Jour 6 , et une gifle….
Jour 5 , Jour 6 , et une gifle….

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