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Tous ces mots enfumés....

Tous ces mots enfumés....

Akli Ait Abdallah


Alger, moi non plus ....

Publié par Akli Ait Abdallah sur 26 Août 2012, 00:05am

Algerie, fevrier 2012... Du temps de ma jeunesse, c’était champs et terrains vagues à perte de vue. On ne venait à Bab Ezzouar que de passage, pour en repartir aussi vite. Et puis un jour, il y a eu l’université Houari Boumediene.

Bab Ezzouar est devenue Babez , premier lieu d’une branchitude souvent raillée par le « peuple ».

Boumediene, un militaire arrivé au pouvoir par la force en 1965, emporté par la maladie en 1978, s’était fait le chantre du socialisme scientifique. Durant son règne, nous étions réputés égaux, ouvriers, paysans, travailleurs, masses laborieuses, étudiants, et il n’y avait de bourgeoisie que « compradore ». En ce temps là, la langue de bois fleurissait.

S’il repassait aujourd’hui par Babez , je ne sais pas ce qu’il dirait , notre cher président. Moi, j’y suis venu avec mon neveu, Amine, et ses deux copains, Alilou et Hammoud . Moyenne d’âge 25 ans. Très sympas, déconneurs comme pas croyable. Des champs et des terrains vagues de ma jeunesse, il ne reste plus grand-chose.

Tout le long de l’autoroute, rien que des hôtels de luxe, des sièges de sociétés, et des tours en chantier. Et puis, au cœur de cette ville en devenir, le centre commercial et de loisirs.

Parking souterrain, comme il se doit, et sur quelques étages, un véritable temple à la gloire de la déesse consommation. Boutiques de fringues, de parfums, de chaussures, d’électroménagers, bijouteries … Les prix ? Affolants ! Des prix européens, pour des salaires algériens. Mais il y a du monde. Beaucoup de monde. Dans la foule de visiteurs, des jeunes venus des quartiers populaires voisins. « Ce sont eux qui foutent la merde », m’explique mon neveu. Quand la richesse vous est interdite, on s’en prend à celle des autres… Peut-être…

Aujourd’hui, C’est la Saint Valentin…. Chez Lollipops , « on a vendu beaucoup de sacs , et de petits bijoux », me dit Chafika , la vendeuse. Sur la vitrine, des petits cœurs de toutes les couleurs. Une galerie d’art, qui en ce moment expose sur le thème de « la peinture orientaliste revisitée » a sorti ses tables pour proposer des petits bijoux de création . La vendeuse, c’est Rym . « C’est ma maman (Souad Bekkhoucha Melouli) qui fait les colliers et les bracelets. Chaque pièce est particulière, et nous proposons de beaux objets en essayant de faire des prix raisonnables! ».

Rym est fâchée contre le Canada, qui lui a refusé un visa de tourisme. Rym voulait rendre visite à un vieil ami, parti il y a 12 ans. « En plus, j’ai étudié dans une école jumelée avec l’université de Sherbrooke.

Rym ne veut même plus tenter de nouvelle demande. « Le Canada, c’est fini …, me dit elle en souriant.

Rym ne comprend pas pourquoi. Et moi aussi d’ailleurs. N’importe quel pays de la planète devrait s’enorgueillir d’ouvrir ses portes à des personnes comme Rym. Mais enfin….

Le dernier étage, c’est celui de la restauration. Et des cafés, tous plus sympas les uns que les autres. Mobilier moderne et de bon goût, ambiance tranquille… Les couples sont nombreux. Un restaurant affiche, en rose, son menu du jour : « Rémoulade de crevettes Roméo et Juliette, cœur de chocolat à la peney , et coulis de fraises réveil des sens». Si c’est pas de l’amour !

Au centre, un immense cœur, pour la photo souvenir. La petite Yasmine , avec ses parents , un couple de chinois , Amine , look sport et bonnet , et aussi trois Ougandaises , Sara, Maria , et Cynthia. Rencontre inattendue. Sara étudie en génie électrique, et ses amies en médecine.

Et puis, les filles, c’est bien, la Saint Valentin en Algérie ? Sourire gêné. Je me souviens avoir récemment lu dans la presse algérienne un papier racontant les mille et une misères qu’endurent dans mon pays les « migrants subsahariens », c'est-à-dire les noirs… Pourquoi ce serait mieux à la Saint Valentin,, semblent me signifier Sara, Cynthia , et Maria. Ou alors c’est moi, qui ai un peu honte, et qui culpabilise ….

Des jeunes viennent de monter sur la petite scène adossée au mur du fond. Des filles, des garçons, qui dansent, qui chantent, qui jouent. C’est la Maximo Rythmos Compagnie, crée par un jeune algérois. Le spectacle est gratuit. La troupe est belle, très belle. La foule applaudit les danseurs de tangos, les danseurs de hip hop, et une reprise de Céline Dion (Power of love, quel hasard !) .

Près du grand cœur rouge, on attend encore son tour pour la photo-souvenir.

Voila…..C’était la Saint Valentin, à Babez , où, comme ailleurs , comme partout , comme jamais, « l’amour existe encore ». C'est toujours du Céline. Au nom de l'amitié algéro- Québécoise..Et vous , la Saint Valentin c’était comment ??

Alger, moi non plus ....
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