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Tous ces mots enfumés....

Tous ces mots enfumés....

Akli Ait Abdallah


Asile...

Publié par Akli Ait Abdallah sur 24 Février 2014, 16:28pm

J'ai passé quelques uns des derniers jours a recueillir le témoignage de personnes directement ou indirectement concernées par la question des réfugies.
Cela n'a pas été facile. J'ai le sentiment qu'auprès des organismes solidaires de cette cause, le journaliste n'est pas très populaire. Peut être simplement parce que habitués a voir passer les médias sans que rien ne change dans ce qu'ils ne cessent de déplorer, le durcissement de la loi sur l'immigration, notamment en matière de demandeurs d'asiles.
Il a fallu passer par des relations quasi personnelles, cautions qui valent engagement, pour parvenir a rencontrer Jean, Sylvain, Paola, et Carmelo.

J'ai aussi rencontré Adam (prénom fictif) , entré au Canada comme étudiant, frappé par une maladie dégénérative très sévère, menacé d'être déporté parce que devenu "illégal".
Adam m'a donné rendez vous chez lui, un matin a 10 h. C'est lui qui m'a ouvert la porte. Adam est jeune. Il parle bas, il chuchote presque, et il marche avec peine. Je l'ai suivi dans sa cuisine. Nous nous sommes assis autour de la table. Au dessus du frigo, il y avait une dizaine de boîtes de médicaments. Sa réserve d'injections aux deux jours. Injections qui le terrassent de fatigue mais retardent la fin. Adam craint de repartir , car dans son pays il ne pourra jamais se payer un traitement de deux mille dollars par mois. Tant qu'il est sur le territoire québécois, Adam est heureusement couvert.
Je me préparais a sortir mon petit magnéto quand Adam s'est excusé de ne pouvoir me parler. Sur les conseils de son avocat, qui pense qu'il ne faut pas attirer l'attention, faire le dos rond, éviter d'irriter quiconque... Tant qu'il n'y a pas de refus, rien n'est perdu.
J'ai senti a ce moment tout le drame de ceux dont la vie, le présent, l'avenir, sont suspendus a l'appréciation d'un autre. Je suis parti, en souhaitant a Adam tout le meilleur du monde.

Il y a aussi ce rendez vous raté avec une dame venue d'Afrique. Pour ne pas nommer son pays. La rencontre avait été organisée par le biais d'un organisme montréalais qui fait la guerre au viol et accueille des femmes de toute la planète. Au dernier moment, il y a eu la rétractation de la dame. Je le comprend très bien. Quand le passé est nauséabond, pourquoi se torturer a le ressasser pour ''donner du matériel'' a un journaliste?
Et ce syrien qui a eu peur que la radio le dénonce a l'immigration ?
Et ce jeune homme, d'un pays d’Amérique latine, qui n'a pu venir me rencontrer comme prévu parce que sa mère et son frère venaient d’être arrêtés et emmenés au centre de détention de Laval? C'est dans la vraie vie.

Toujours est il, que grâce a certains avocats et travailleurs sociaux , les choses ont pu se faire. Et j'ai redécouvert un peu de ce monde que très peu de gens connaissent. Nous sommes invisibles, m'avait du Carmelo, mexicain sans papiers, pas sans courage. Carmelo milite pour pour la régularisation de tous les mexicains, et de tous les "invisibles". Carmelo a laissé son petit garçon au Mexique. En pensant pouvoir faire venir la famille assez vite. Cela fait cinq ans qu'ils ne se sont pas vus.
Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que c'est autant de choses que je n'ai pas pu dire dans mon reportage, mais qu'il me semblait intéressant de raconter...

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